Sally’s diner Blues

07-02-2009 par anne 0 message

sallys

En partant d’un univers urbain, surchargé et bruyant, on fuit vers un lieu désert. 

C’est là, qu’au milieu de nulle part se trouve le dîner de Sally. Un bar occupé par une serveuse désabusée et son unique client, un habitué. L’ambiance est silencieuse et morose. Soudain un voyageur guitare à la main, rentre dans le bar et propose une chanson contre un repas. La serveuse accepte et le musicien s’exécute. 

Sa chanson raconte l’histoire d’un routier tombé en panne dans le désert qui abandonne son camion et part désespérément à la recherche d’essence, un égarement qui hésite entre rêve, hallucination et dérision. Accompagné d’un blues rugueux et psychédélique.

 

Avec ce premier récit, Nicolas Chaput, dit « Chaps », nous livre une représentation soignée et tranchante de la désillusion du mythe américain.

Vision paradoxale d’un auteur qui, fasciné par l’esthétisme US des fifties, prend un plaisir non feint à dessiner tous les clichés cinématographiques servis par le Road Movie depuis « Les Raisins de la Colère » de John Ford.

Chaps a décliné tout son talent de dessinateur dans cette évocation impeccable de l’Amérique profonde. Un trait sûr et efficace, un sens aigu de la mise en page, nous offrent une première approche plastique séduisante.

Une lecture purement graphique qui en appelle tout de suite une autre, attachée aux codes cinématographiques du Road Movie.

Road Movie d’un genre inédit, construit sur les sédiments culturels d’un auteur, nourri de la tradition surréaliste et de la dérision belges.

Pas de route qui mène à l’Eldorado, pas de voyage initiatique mais bien un aller retour sans fin entre deux destins qui ne se croisent pas.

Rendez-vous manqué entre une serveuse blasée et un routier sans son camion. On ne croit pas un instant à la rédemption du looser traînant un bidon d’essence vide.

Des parcours désespérés, rythmés par une complainte de blues qui prend rapidement la place du narrateur.

Cette atmosphère sonore maintient une certaine distance entre des personnages introvertis et peu bavards, ce qui donne tout son sens au choix d’un récit muet.

Oscillant entre rêve et réalité, cette errance insensée dans un décor rude, sans indication de lieu ni de temps, utilise une nostalgie graphique pour nous ramener au thème très contemporain de l’incapacité à communiquer.

 

Au regard des (déjà nombreux !) carnets de croquis du jeune auteur, on s’aperçoit vite que le récit proposé ici est en parfaite cohérence avec son univers graphique quotidien. Cela augure de nombreuses possibilités de récits déclinés à partir des personnages récurrents qu’on découvre, page après page.

Chaps s’est construit un microcosme identitaire, sorte d’alphabet idéogrammatique personnel, le fruit d’un bain culturel belge et d’un intérêt marqué pour la culture américaine.

Anne-Françoise Rouche, directrice artistique de La »S »Grand Atelier, Vielsalm (B)


 

 

 

Site web: http://www.spleenville.org/



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